Tous armés de carabines
AU LAC DE LA TOUR, nous nous arrêtons un peu. La prochaine étape est supposée être la plus difficile. Soudain, nous entendons des voix qui proviennent des chalets. Il ne faut pas rester là,
nous ne voulons pas nous faire prendre. Trop tard, nous sommes encerclés par six personnes qui devaient nous attendre. Tous armés de carabines, ils nous ont commandé de les suivre jusqu’au chalet, ce que nous avons fait sans perdre notre sang froid. Nous avons tenté de leur expliquer notre présence, mais ils ne semblaient pas nous écouter. L’un d’eux s’amusait à tirer partout dans le bois. Un vrai fou ! Nous nous demandions ce qui nous avait pris de venir jusqu’ici. Nous commencions à avoir des regrets. Dans le chalet, la carabine pointée dans le dos, ils nous ont fait monter dan s le grenier et ils nous ont enfermés. L’après-midi, il ne s’est rien passé de particulier : nous attendions la suite. En soirée, ils ont commencé à boire. Ils paraissaient très saouls. C’était le moment ou jamais. Nous sommes sortis difficilement par l’œil-de-bœuf. Ni vu ni connu. Nous sommes revenus à notre auto dans la noirceur, visiblement inquiets.
Cela, c’est l’histoire que nous nous sommes imaginés en pensant au récit de Marc Savard. Ce qui suit, c’est ce qui s’est réellement passé… Donc, nous avons entendu des voix et nous nous sommes engagés dans un sentier plus étroit, un sentier de véhicules tout terrain. Après une minute de montée très abrupte, nous avons décidé de continuer à pied. De la belle mousse verte et des marécages nous attendaient avant d’arriver au sommet garni d’une grosse roche plate. Aux alentours, beaucoup de brume et les restants d’une tour de télécommunication où un drapeau amoché du Québec surplombe le plus haut sommet des Laurentides. En voyant toutes les coupes à blanc quand la brume s’est dégagée, on s’est demandé : « Est-ce que Raoul Blanchard est fier des Québécois quand il voit ce désastre de sa montagne ? » Ou encore : « Est-ce qu’ils voulaient nous cacher ce paysage en nous barrant la route ? » En ce qui concerne M. Blanchard, j’ai relevé quelques extraits de ses livres sur les coupes de bois et sur la région (voir plus loin). Les coupes semblent tout d
e même avoir épargné les sommets, des milieux fragiles. Ne connaissant pas le sujet à fond, je ne peux que poser des questions en attendant des réponses. En tous cas, je peux affirmer que le paysage dans ce coin du Québec est laid, très laid. Voilà mon opinion chères compagnies forestières. Si au moins vous détruisiez les chemins quand ils ne servent plus ; il n’y aurait pas eu 50 intersections !
Le retour a été très fort en sensations avec de très longues descentes. Mon vieux vélo de 15 ans a tout de même tenu le coup. Une chance ! La dernière partie du voyage s’est donc déroulée en accéléré, en une heure. Au pylône électrique s’est terminée notre aventure du mont Raoul Blanchard. Nous nous souviendrons de ce paysage triste, de cette aventure qui s’est bien déroulée. Nous avons rencontré deux camionnettes ce samedi-là sans pépins. Pas de gros camions, sûrement à cause que nous sommes allés un samedi. Il y a bien eu 50 intersections, mais le chemin était facile à suivre car on parcourait des routes principales.
Texte écrit par Yoan Piché pour que nous puissions nous remémorer ce beau moment.
Note :
Le 6 septembre 2003, Marc Savard est retourné au mont Raoul Blanchard avec des amis. Sa nouvelle aventure peut être consultée à http://pages.infinit.net/air/montrb.html . Des photos sont disponibles sur son site. Également, d’autres photos du mont Raoul Blanchard sont affichées sur notre site Internet de la Meute des randonneurs
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