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Ma première randonnée

C’était au mois d’août 1999, un an avant l’ouverture du premier sentier des Amis de la montagne du Diable.  J’avais acheté quelques mois avant des cartes topographiques de la montagne dans une boutique de la région.  Cet été-là, le film « Le projet Blair » venait tout juste de sortir au cinéma, l’histoire de trois randonneurs...  Malheureusement, je n’avais pas réussi à convaincre d’aller voir ce film mes deux compagnons de randonnée : Métisse Macazienne et Peau d’Ours.  Je m’étais donc résilié à ne pas visionner ce projet-là seul et à me concentrer plutôt sur notre projet : se rendre au lac Lunette en passant par les sommets à partir de la montée Sirard, puis revenir au point de départ.

Le grand jour, nous étions bien prêts, très enthousiastes, mais mal préparés à ce qui nous attendait.  Je m’étais bien acheté un sac à dos pour la randonnée avec un « frame » de métal (d’ailleurs, c’est encore lui que j’utilise), mais le sac à dos de Métisse Macazienne  laissait à désirer.  En effet, n’ayant pas trouvé de sac, elle avait amené le « sac de pêche » que le grand-père de Peau d’Ours avait ingénieusement construit : une poubelle de métal et des ceintures de sécurité en guise de bretelles.  Elle a donc été surnommée « le camion de vidange » tout le long de notre aventure.

Le premier jour, nous devions nous rendre au pied de la montagne, suivre le ruisseau du Diable jusqu’à un petit lac de forme allongée (où il y a maintenant un camping rustique).  Une belle journée ensoleillée nous attendait, mais aussi une chaude.  Nous avons d’abord pénétré dans le bois pour rejoindre le ruisseau.  Nous étions contents rendus au ruisseau car la montagne du Diable n’est pas « un bois très propre » (c’est difficile d’y marcher à cause de la grande densité  d’arbustes).  Marcher dans le lit du ruisseau, c’était bien plus facile et bien plus beau.  En plus, nous avions de l’eau à volonté pour remplir nos bouteilles.  Comme c’était notre première randonnée, personne ne connaissait les filtres et nous nous servions de pastilles d’iode pour purifier notre eau.  La première gorgée de cette eau « purifiée » a été très surprenante : « quel goût d’iode ! »  C’est là que nous avons  découvert l’utilité de la deuxième pilule qui sert à enlever le goût de l’iode...

Nous avons remonté le ruisseau une partie de l’après-midi en faisant bien attention de ne pas trébucher sur les roches mouillées.  Nous faisions de nombreuses pauses à cause de la chaleur accablante et de la fatigue, probablement due à nos sacs trop lourds.  Je commençais à regretter les boîtes de conserve et les trois fusées éclairantes que j’avais amenées au cas où nous nous perdrions...  Mais je me consolais car je n’étais pas le seul à avoir un sac pesant : un camion de vidanges, ce n’est pas facile à traîner!

Quel surprise cette immense chute au milieu de nulle part!  Quelle pureté cette eau!  Qu’elle est claire!  Est-ce qu’on se baigne?  Non, nous n’avons pas de serviette.  Nous en avons eu plein la vue dans ce ruisseau.  Par contre, plus on montait, moins le ruisseau était large.  De la mini-rivière, nous remontions maintenant un mince filet d’eau.  Aux jonctions, le choix du bon ruisseau était de plus en plus difficile même avec une carte et une boussole.  Une décision devait être prise : il fallait quitter le ruisseau (pensant avoir suivi le mauvais ruisseau) pour aller directement au lac où nous irions passer la nuit.  Où étions-nous exactement?  Je me le demandais bien.  Métisse Macazienne commençait à s’inquiéter.  Après quelques minutes de marche, nous nous sommes retrouvés dans une piste, probablement pour les motoneiges.  Déjà assez fatigués, nous avons décidé de continuer la montée dans cette piste en espérant croiser notre lac.  La piste était de plus en plus à-pic, mais aussi de plus en plus belle.  Un vrai plancher de marbre blanc.  OK, pas mal raboteux tout de même.

Malheureusement, pas de trace de notre lac et nos réserves d’eau commençaient à nous inquiéter.  Ainsi, nous avons décidé de laisser tomber notre lac pour camper au sommet.  Tant pis pour le chant des grenouilles...  Au sommet, nous avons installé notre grande tente 6 places (rien de moins : oh là les kg!) au milieu de la piste.  Nous avons donc soupé en se servant de nos dernières réserves d’eau.  Camper au sommet n’est pas toujours une bonne idée : l’eau y est extrêmement rare, voire absente.  C’est donc moi qui est allé essayer de trouver de l’eau dans un ruisseau plus bas où je pensais avoir vu couler de l’eau.  Hélas, il était à sec.  Aller plus bas ou remonter?  Il fallait que je remonte car le soleil se couchait.  J’ai toutefois décidé de remonter par un autre chemin, une piste de VTT.

Il fallait que je trouve de l’eau parce nous avions soif, très soif.  Près d’une marre de grenouille, je me suis arrêté.  L’eau était brunâtre avec beaucoup de bulles boueuses à sa surface.  Quelques grenouilles s’y reposaient.  Devant cette marre grouillante de vie, j’ai pensé durant cinq minutes.  J’avais extrêmement soif, mais en valait-il la chandelle de risquer de la boire?  Devais-je la prendre ou non?  Non, j’ai finalement laissé l’eau aux grenouilles.  En revenant au campement, Métisse Macazienne  et Peau d’Ours préparaient un feu.  Déçus de mon échec, nous avons décidé d’aller voir le coucher le soleil.  Quel beau spectacle!  Le soleil, dans un ciel rouge s’est couché dans le lac Baskatong enflammé.  Ce soir-là, nous avons veillé autour du feu, sous un ciel étoilé.  L’ombre de la cime des sapins dans un si beau ciel nous rappelait que nous étions loin de chez nous, très loin.  Dans cet immense silence, chaque bruit, chaque cri inquiétait Métisse Macazienne .  Pendant la nuit, somnolent, j’ai entendu un gros animal  passer en courant à côté de notre tente.  Ce n’est que le lendemain que nous avons pu constater que c’était un orignal qui était passé durant la nuit.  Peau d’Ours aussi l’avait entendu se promener aux alentours, puis passer en trombe près de nous.  Une chance que Métisse Macazienne  ne l’avait pas entendu!

Le matin, il fallait absolument trouver de l’eau.  Nous avions beau boire l’eau des fruits, mais notre soif était trop avancée pour s’estomper.  Nous savions que c’était en redescendant que nous allions trouver de l’eau.  C’est par la piste de motoneige que nous sommes descendus jusqu’au chemin.  Enfin de l’eau!  Nous avons bu et fait le plein avant de remonter au deuxième sommet.  Nous avons décidé de délaisser une partie de notre chargement pour ce sommet du Diable.  En même temps, il fallait oublier le lac Lunette car il était trop loin pour espérer y revenir avant le coucher du soleil.  Sur ce chemin partiellement asphalté, il faisait chaud , très chaud même.  Mais ça vaut la peine, parce que la vue de ce deuxième sommet est imprenable.  Là-haut, une meute de VTT est arrivée, plus d’une cinquantaine.  Il faut dire que la vue est très populaire auprès de tous les touristes qui peuvent même y monter en voiture.  Après quelques photos, c’est le retour vers le ruisseau pour le dîner afin de prendre l’eau du ruisseau pour cuisiner.  Ensuite, pourquoi pas une petite sieste!  Nous avons donc remonté au même endroit.  Cette fois, beaucoup d’eau et pas d’orignal.  La descente vers l’auto s’est faite par la piste de marbre blanc.  Nous avons été un peu surpris par le paysage si différent en descendant avec la vue sur la région.

Depuis cette aventure, j’ai visité presque tout le Québec, mais je reviens toujours à cette montagne mystérieuse pour voir le coucher de soleil au dessus du Baskatong.  De là, j’ai attrapé la piqûre de la randonnée pédestre.  Depuis 2000, l’ouverture de nombreux sentiers pédestres par les Amis de la montagne du Diable permet aux randonneurs de vivre L’EXPÉRIENCE nature dans les Laurentides loin des VTT et des motoneiges sauf pour le sommet du Diable.  Pendant le visionnement du projet Blair un an plus tard, je nous revoyais à la montagne du Diable, cherchant notre chemin près du ruisseau, écoutant un peu paniquer Métisse Macazienne.

Yoan Piché

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