Juillet 2004
Katahdin
Une semaine. Une semaine à savoir qu’il pleuvrait certainement le jour de notre randonnée au Mt Katahdin. Assez pour se préparer, très peu pour l’accepter. Mais bon. Quand je décide de partir, je part contre vents et marées.
Huit heures de route, des bouchons de circulation, une crevaison (merci à la Golden Road), un site de camping parfait (abri # 9, Abol Campground), une nuit porteuse d’espoir, et voilà enfin, un matin…pluvieux. Voir même orageux. «On s’en doutait .» A-t-on dit au Ranger du Roaring Brook, après que celui-ci nous ai annoncé que le Knife Edge n’était pas recommandé. Il ajouta : «Demain sera un meilleur jour. -Demain, on rentre à la maison » dis-je en contournant la boule coincée dans ma gorge. Le Blueberry Knoll s’offrait donc à nous, assorti d’un détour au Chimney Pond. Il était 7h du matin et on faisait drôlement pitié à voir. Les gouttes de pluie nous faisaient l’effet de milliers de pincements de cœur. D’autres Québécois avaient choisi de retourner lire tranquillement au camping, reportant la randonnée au lendemain. « Sage décision », pensa-t-on lors de la montée vers Chimney Pond.
Notre moral a toutefois remonté, le temps d’admirer un orignal, déambulant à environ vingt pieds de nous. Pas stressé du tout, l’animal. Ensuite un lièvre, directement dans le sentier. Bref, un reflet de ce qu’est le Baxter State Park, car ici les animaux sont très protégés. L’environnement est contrôlé et c’est pour ça que nous avons pu en voir plusieurs. Renards, ours noirs, et chevreuils sur les routes du parc, et sur la montagne nous avons entendu, semblerait, des coyotes.
Rendus au pied de la montagne, le Ranger de Chimney Pond réitéra dans le même sens : pluie toute la journée, risque d’orages au sommet. « On ne le voit même pas, le foutu sommet !» Frustrée, pantalons collés sur les jambes, la capuche enfoncée, la mauvaise humeur s’installait. Il était 9h00.
Puis, à l’intersection des sentiers de North Basin et Chimney, la pluie cessa. Un peu plus loin, la lumière changea … un semblant de rayon de soleil m’effleura ; perçant une mince couche de nuages, certes, mais tout de même…Planté là, au milieu du sentier, nous étions perplexes. Ça se pourrais-tu que…Un regard porté par-dessus mon épaule me fit vivre en un court instant la magie du miracle. Pamola se découvrit de son voile blanc et m’apparût comme la Vierge aux pèlerins. Demi-tour, à la cabane du Ranger, gomme à effacer s’il vous plaît. Trail up : Saddle (Faut quand même rester prudent). Trail down : Helon Taylor. Plus on montait, plus le bleu du ciel s’imposait. Assis en haut de la Saddle slide, nos vêtements séchaient au puissant soleil de midi. Un bon lunch, une vue imprenable sur les nuages en bas, et on riait ! On n’en revenait pas.
Autres photos disponibles dans l'album de Julie au mont Katahdin.
Le magnifique plateau situé en haut de Saddle nous accueilla en solitaires. Le sentiment d’avoir la montagne pour nous seuls doublait le plaisir de l’avoir montée. Promenade tranquille, mais quand même pas facile, jusqu’au Baxter Peak, foulant les roches roses, tachées de lichen vert et noir, qui s’empilent jusqu’au sommet.
« Au-dessus des nuages comme au-dessus de nos espoirs.» me dis-je, le sourire collé. Photos, photos et re-photos. Chimney Pond en bas, des centaines de lacs au loin et, devant nous, l’incontournable Knife Edge.
Le Knife Edge. Vers 14h, on se préparait à s’attaquer à cette montagne russe naturelle, sans traction autre que nos valeureux membres, et surtout sans ceinture de sécurité. Peur ?? Non. Le sentiment dominant de ce parcours fût plutôt le plaisir. Du scramble jouissif : Côtoyer les falaises, user de prudence à chaque pas, utiliser son jugement pour trouver le bon passage. Et c’est vrai qu’il y a un endroit où l’on a moins d’un mètre de large pour grimper. C’est assez impressionnant, même avec un cœur solide. La brèche entre le Chimney Peak et Pamola Peak m’a permis de réaliser mon fantasme d’escalade que j’entretenais depuis longtemps. Maintenant j’ai surtout peur de devenir accro à ce genre d’activité.
Il y a aussi cet aigle qui est passé au dessus de nos têtes, lorsque nous étions sur le Knife Edge. Nous avons entendu un cri perçant, puis le sifflement de son vol combiné à la vision de ce magnifique oiseau nous a littéralement transporté à la source de ce qu’est la nature à son meilleur.
Du haut de ‘Pamola la Vierge’, je constata le chemin parcouru depuis Baxter Peak. Le meilleur était déjà passé. Ma montre indiquait 15h15 et l’heure était au recueillement. Long retour au Roaring Brook Campground, au cours duquel les mots se faisaient timides. Bâton de marche au poignet, les yeux vers le bas mais l’esprit flottant. Un début de descente ponctué de petits plateaux alignés, du genre qui vous font croire à chaque fois que c’est le dernier. Lorsque l’on descendit sous la limite des arbres, sur le sentier Helon Taylor, la pluie se remit à tomber. Le miracle était terminé, nous avions bénéficié d’un moment de grâce accordé par dieu sait qui. Les paroles du Ranger me revinrent à l’esprit : « The mountain makes his own wheather. -Well the mountain loves us !» ai-je pensé.
18h. J’entends le grondement du ruisseau, l’auto n’est plus très loin. Mon corps est fatigué mais mon esprit lui, est comblé. Ne manque à cette journée parfaite qu’un feu, des confits de canard et une bouteille de rouge.
Julie Chevalier